Meurtre sans cadavre

15 juillet 2008

A Charles Exbrayat 

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1

Prologue

Lorsque Artémise Fontaine du Fourtuis s’éteignit à l’âge de quatre-vingt-dix-neuf ans, sans descendance ni famille, le village de Pluiederubis suspendit toute activité. Tous attendaient, avec anxiété,  le retour du notaire - Mais pourquoi fallait-il qu’il soit en vacances à Saint Pierre et Miquelon ? Et, pourquoi Saint Pierre et Miquelon ? Quelle idée ? Justement à ce moment crucial ? - afin de savoir qui serait couché sur le testament de la vieille femme, et en particulier qui allait  hériter de la propriété, l’Ermitage, de loin la plus belle de la région. L’Ermitage, un manoir du XVIIIe siècle encore en parfait état, avec son parc de dix hectares. Depuis une trentaine d’années, il y avait de grandes rivalités à celui qui s’occuperait le mieux de madame Fontaine du Fourtuis, dans l’unique espoir de voir figurer son nom dans la succession. Jusqu’à son dernier souffle, elle avait été ainsi bien entourée, avait été gâtée, véhiculée, même si elle conduisait encore huit jours avant son décès… Tout un chacun la priant d’être vigilante avec les autres, des rapaces, des vautours, n’attendant que son départ pour un autre monde.

(à suivre)

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16 juillet 2008

2

En l’absence du notaire, tous se pressèrent dans la petite église, quelques soient leurs religions, y compris les athées les plus virulents. Un tel événement resterait dans les anales du village, un fait historique, car de mémoire de Pluiederubissots - C’est ainsi que se nomment les habitants de Pluiederubis - on ne se souvenait pas d’avoir eu une telle réunion dans un lieu religieux ! On ne mélange pas les torchons et les serviettes, voyons ! Les rivalités religieuses et athées faisaient rage depuis toujours. Il n’y avait jamais eu de guerre de religions à Pluiederubis, on pouvait être l’ami de tous, mais dès que l’on parlait religion, les esprits s’échauffaient.
En réalité, peu étaient ici dans le but de lui rendre un dernier hommage, peu pleuraient véritablement la vieille dame, les quelques larmes versées, l’étaient uniquement pour la galerie - certains n‘ayant pas hésiter à cacher un oignon dans leur mouchoir -. Non, ils étaient pour la plupart ici dans l’unique but de pavaner, dans leurs plus beaux vêtements - y compris en smokings et robes du soir ! - pour faire taire les mauvaises langues qui ne manqueraient pas de les accuser de ne pas être reconnaissant à leur bienfaitrice, car, chacun ou presque était persuadé d’être le bienheureux légataire universel que l’on jalouserait. En réalité, personne n’était dupe quant aux raisons de leurs présences mutuelles dans la paroisse, mais tous espéraient qu’aucun soupçon ne pèserait sur eux.

(à suivre)

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17 juillet 2008

3

Le jeune curé, le Père Onésisme, que certains comparaient à Don Camillo interprété par Fernandel, savourait cette sorte de succès qu’il considérait comme une revanche, un triomphe, sur sa rivale religieuse, le pasteur
Frédégonde Badina. Elle qui avait tenté, sans succès, de convertir Artémise Fontaine du Fourtuis de se convertir au Protestantisme, avait donc fait fi de toute une vie de principes, et, pour la première fois de sa vie, avait foulé le sol d’un lieu de culte autre que protestant. Elle était là, juste devant lui, assise au premier rang. Ce que ne faisait pas faire la cupidité ! Pour le Père Onésisme, il ne faisait aucun doute que la nonagénaire avait fait le lègue le plus important à sa paroisse.
Chaque jour, ils étaient plusieurs à aller dans la ville voisine pour se présenter à l’étude du notaire, au cas où celui-ci aurait écourté ses vacances. En vain. Enfin, il se décida de rentrer, à la date prévue. Ce qui fut considéré comme un manque total d’éducation, et nombreux furent ceux qui se jurèrent de chercher un autre notaire le moment venu.
Leur animosité à son encontre allait crescendo, car il faisait répondre, par sa secrétaire, que les héritiers seraient prévenus personnellement en temps et en heure.
L’impatience grandissait, la colère grondait car personne ne semblait avoir été convoqué. Comme on soupçonnait certains concitoyens fourbes capables de garder secrète la rencontre, plusieurs espions surveillaient attentivement l’étude du notaire. Mais on ne vit personne du village se présenter à son cabinet.
Le notaire essayait-il d’arnaquer le village ? Ce ne serait pas surprenant !

(à suivre)

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18 juillet 2008

4

*
* *

Ermengarde Augé était de mauvaise humeur. Elle sentait que cela allait être une mauvaise journée. Elle commençait mal. Déjà, son mari était cloué au lit avec une fièvre de cheval. En été, je vous jure ! Tout cela parce que, monsieur, voulant jouer les jeunes, avait été faire un footing. A son âge ! Il avait transpiré et prit froid. Résultat, trente-neuf de fièvre, ce qui lui donnait la piètre excuse de ne pas se lever. Et qui devait aller ouvrir la boutique ? Bobonne ! Avec cela, il devait probablement faire déjà une vingtaine de degrés, à six heures du matin, ce qui présageait une journée chaude, ce que Ermengarde détestait, elle qui transpirait à grosses gouttes dès que le thermomètre affichait quinze degrés celsius.
Son irritation augmenta lorsqu’elle constata que le livreur de journaux était déjà passé, et avait laissé le chargement devant la porte du bureau de tabac qu‘elle et son mari tenaient depuis leur mariage. Et s’il avait plu ? Tout serait mouillé ! Ermengarde Augé voyait toujours la vie de manière empirique. Elle se voyait déjà victime d’un lumbago lorsqu’elle rentrerait les paquets, et elle pesta de plus belle contre son mari. Elle ouvrit la boutique, leva les volets et commença à rentrer les magazines. Plus qu’une pile, celle de la gazette régionale, et ce serait bon, courage ! Elle se baissa et resta pliée en deux.

(à suivre)

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19 juillet 2008

5

Le hurlement qu’elle poussa déchira le silence de l’aube, fut répercuté par l’écho, tant et si bien que presque tout le village fut réveillé en sursaut. On pensa, dans un premier temps, qu’il s’agissait de la sirène, et les pompiers volontaires se précipitèrent sur leurs tenues. Mais le second hurlement les firent suspendrent leurs mouvements. Quel était donc ce cri, que l’on pensait inhumain, tant il avait été puissant ? Les habitants les moins courageux se terrèrent aux fonds de leurs lits, persuadés que des hordes de barbares, venues d’on ne sait où, égorgeaient leurs concitoyens. Les plus courageux risquèrent un œil timide, bien protégés derrière les volets. Seuls quelques habitants de la Place des Scoubidous  purent voir quelque chose…ou plutôt quelque une : la buraliste lisant le journal, et bramant pour la troisième fois.
On se précipita pour savoir ce qui pouvait bien mettre la femme dans un tel état. Cela devait être une grande catastrophe, la déclaration de la guerre peut-être ?
Le quatrième cri, ressemblant plus à un juron, fit qu’on oublia d’en prendre quelque habit que ce fut, et tous sortirent en pyjamas, chemises de nuit, et même en costumes d’Adam et d’Eve. Mais on était tellement préoccupés par ce qui pouvait bien arriver à la buraliste, que nul ne se rendit compte de la nudité de certains. D’autant que la marchande hurla une nouvelle fois, mais ce fut de manière compréhensive :
- La vieille garce ! Salope ! Va-t-en rejoindre Satan, ton maître ! Pouffiace !

(à suivre)

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20 juillet 2008

6

Il y eut rapidement un attroupement autour de Ermengarde qui fut pressée de questions. La commerçante reprit le dessus sur la femme, et elle aboya littéralement :
- Si vous voulez le savoir, achetez le journal !
Quelques heureux veinards, ayant quelque argent sur eux, achetèrent le quotidien et eurent alors, des réactions analogues à celle d’Ermengarde. Cris, hurlements, vociférations et, pour finir, insultes. Aux malheureux curieux qui leur demandaient ce qui se passait, la réponse était la même que celle de la buraliste :
- Si vous voulez le savoir, achetez le journal !
Et ce, même entre époux, dans de nombreux cas !
Tant et si bien qu’Ermengarde Augé se fit livrer, de toute urgence, plusieurs autres piles du quotidien. Elle se frottait les mains, c’était finalement une bonne journée.
A la Une du journal, la photo  de Madame Fontaine du Fourtuis, souriante, et avec le titre :

LA BIENFAITRICE FAIT DON DE TOUTE SA FORTUNE A DES ASSOCIATIONS CARITATIVES

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21 juillet 2008

7

S’en suivait l’article où l’on apprenait que son lègue se chiffrait en millions.
Dans les jours qui suivirent, on vit arriver des camions qui vidèrent la maison de ses meubles pour être vendus à des antiquaires. Sur le portail d’entrée, fut accroché le panneau « A VENDRE » avec les coordonnées d’une agence immobilière, Les Lambourdes, sise dans la ville voisine qui envoyait régulièrement des paysagistes s’occuper de l’entretien du parc.
Personne dans le village ne voulait acheter la propriété de celle que l’on appelait à présent, au village, La Traîtresse. Et après tout, n’était-elle pas qu’une étrangère, née dans le village voisin et ayant volé un gars du pays aux pluiederubissotes ? La maison resta ainsi longtemps, fort longtemps.

Personne, dans tout le département, ne voulait venir s’établir dans cette localité, pourtant très coquette, cette localité que tous appelaient :

LE VILLAGE DES FOUS

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22 juillet 2008

8

Chapitre I

     Rudy Carmichael travaillait depuis quelques années dans l’agence immobilière Les Lambourdes. Il n’était pas considéré à sa juste valeur, mais il est vrai que la gérante, Virginie Simon,  misandre, ne jurait que par ses employées féminines. Les hommes n‘étant, à ses yeux, que des obsédés ne pensant qu‘au sexe et incapables de faire quoique ce soit de bien. Aussi, réservait-elle à son employé masculin les clients qu’elle jugeait indignes pour ses collègues. Lorsque Praxelle et Alexandre Duthillot entrèrent, elle les toisa, eut une moue méprisante sur leurs tenues vestimentaires, et elle les catalogua  immédiatement comme pouilleux à petit budget. Elle alla quand même vers eux, politesse commerciale oblige et minauda :

      - Bonjour Madame, bonjour Monsieur. Soyez les bienvenus ! Permettez-moi de vous adresser à Monsieur Carmichael pour votre affaire. Je vous laisse entre de bonnes mains, Monsieur Carmichael est notre meilleur vendeur.

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23 juillet 2008

9

     Elle ne mentait pas, elle omettait juste de dire qu’il était l’unique vendeur de sexe masculin.
     Virginie Simon venait de commettre la plus grande erreur de jugement de sa carrière.
     Les Duthillot exposèrent la raison de leur démarche. Ils cherchaient désespérément la demeure de leurs rêves. A la grande joie de Rudy, ils semblaient aisés, ne mettant aucune limite à leur budget.
     Durant les semaines qui suivirent, ils visitèrent de nombreuses propriétés, mais aucune ne semblait vraiment leur convenir. C’est alors que Rudy Carmichael se souvint de l’Ermitage. Sans trop y croire, il leur en parla, illustrant ses propos de quelques photos. Le couple s’enthousiasma. Le prix annoncé ne les effraya pas. Restait le plus dur : le nom du village…
     - L’Ermitage se trouve à proximité de Pluiederubis…
     - Pluie de Rubis ? Quel beau nom ! Mais où cela se trouve-t-il ?
     S’enquit son interlocutrice. Rudy masqua sa surprise et sa joie. Incroyable ! le couple n’avait jamais entendu parler du village des fous ! Il n’était donc pas de la région ni des départements limitrophes !
     - C’est un très joli petit village, à environ 25 kilomètres d’ici. Il tire son nom des mines de rubis qu’il avait.
     - C’est encore mieux, mon épouse adore la campagne. Quand pouvons nous visiter ? Maintenant ?
     - Malheureusement, non. Il faut que je contacte d’abord les propriétaires. Dès que j’aurai une réponse, je vous contacterai !

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